Dimanche 19 octobre 2008
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"Un empoisonnement massif (...) tout ça pour des bijoux clinquants et moches et des lingots à la con
enfermés dans des coffres pour des riches qui veulent le devenir encore plus." Antonio Fischetti (articles à lire ici Charlie Hebdo et ici)
Il y a des contrées lointaines où la loi ne semble pas faire peur aux personnes les plus dégourdies, et ce surtout quand l'appât qui les dévoie des règles a une aura mythique, historique et
marchande. L'or, qui voit son cour s'envoler depuis quelques années et surtout depuis quelques mois, n'est pas uniquement la convoitise des gros magnats de l'industrie
occidentale; en forêt tropicale amazonienne la convergence de cupidité, luxure, vengeance fait surtout rage, comme souvent, comme tout le temps chez les petites gens. Cette
contrée lointaine, c'est la France, la Guyane Française.
Autour de l'extraction de ces pépites se joue également l'avenir écologique de la planète, la déforestation est la première conséquence de cette industrie, le poumon de la planète se
consume à grande vitesse sans aucune réaction des autorités.
Mais plus directement nos compatriotes les amérindiens Wayana sont menacés d'expropriation puisque le lieu qu'ils ont élu, habité, apprivoisé, célébré depuis l'époque
précolombienne n'est autre que ces arbres qui semblent gêner les orpailleurs.
La Fièvre de l'Or, documentaire actuellement sur les écrans, évoque l'économie parallèle que l'orpaillage a pu tisser. Sans commentaires, les divers intervenants de ce quotidien digne d'un
scenario du far-west se donnent timidement à la caméra. Le poids de l'or se fait sentir sur tous les témoignages, de l'absurde discours colonialiste d'un ex-président de la fédération des
orpailleurs à la prostituée brésilienne prisonnière de sa crédulité.
L'affiche du film harangue des slogans tapageurs pour attirer le spectateur en soif d'enquête et de justice mais les tenants et pendants de ce trafic sont écartés pour se concentrer sur ces
hommes et femmes perdus, certaines indications morbides ici et là ne nous aident pas plus à trouver le chemin que voulait nous faire prendre le réalisateur Olivier Weber, ce qui fait à
la fois son charme mais laisse aussi une impression de survol, comme la vue d'avion de la cime impénétrable des arbres. Libre à nous d'approfondir nos connaissances et donc inquiétudes.
Sur un ton nettement plus vindicatif, je vous conseille ce documentaire à l'époque censuré et boudé par les télévisions mais aujourd'hui disponible sur dailymotion : La Loi de la Jungle de Philippe
Lafaix.

Le sujet est au règlement de compte: Qui, des autorités françaises laxistes ou corrompues, des malfrats tyranniques et
assassins, des compagnies d'énergie méprisantes et saccageuses auront la part du butin?
Le comble est atteint dans chaque parti:
- les gendarmes français bêtement désoeuvrés parce qu'ils n'ont pas de moyen efficace pour naviguer et parer les trafics fluviaux;
- les orpailleurs illégaux peu scrupuleux qui n'hésitent pas à liquider la main d'oeuvre le jour de paie venu sachant bien que des centaines d'autres brésiliens viendront
taper à leur porte le lendemain;
- et EDF qui se sert de la région pour construire des proto-barrages défectueux et ainsi détruire une forêt primaire.
L'utilisation maladroite du mercure est le fil rouge du premier documentaire, les conséquences sur le poisson que consomme la population sont clairement montrées dans le second, entraînant chez
les enfants et adultes déformations, troubles psychiques, etc.
Sachant que dans l'humidité de la forêt un corps se décompose en 72 heures, les représailles arbitraires et la loi de la jungle ne sont pas prêts de céder la place à la légalité. Quand je
disais le far-west, le gold rush...
Dans ce marasme toutes les figures d'autorités semblent pouvoir incriminer et reprocher des choses aux autres, c faisant de cette zone de non-droit une terre hostile à tout avenir prometteur pour
ses habitants et pour la survie de la planète.
Pour poursuivre ces bonnes nouvelles, lisez par ici
Pour finir sur une bonne note, Neil Young, figure de proue de la défense des droits des Indiens d'Amérique du Nord.
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Mercredi 8 octobre 2008
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Comme disait Céline dans l'épilogue à Guignol's Band, les générations d'écrivains à venir écriront 'text' ou n'écriront rien, il ne croyait pas si bien dire, à l'époque du SMS la langue
gagne de la vitesse, percussion, sens et sonorité. L'écrit ne se lit plus comme des idées mais comme s'entrechoquent les sons, voilà en fin
de compte le credo de tout musicien ou poète, faire se rencontrer les sonorités pour soulager le travail de l'imagination et de la recherche de sens.
L'oracle qui récitait tout haut à ceux d'ici bas la parole des dieux, avait pour rôle d'insuffler la vie, le mouvement à ces immuables vérités pour qu'elles atteignent promptement
l'auditoire.
Je fais un bon de 3000 ans et me pose la question :
-?-!- Quel meilleur moyen pour souffler l'écriture au lecteur?
Je me suis toujours posé la question du ton, du rythme à adopter quand on lit tout bas un texte, un poème, un récit. N'avons-nous pas un mauvais tic, un rythme de lecture que nous
nous empressons d'appliquer à toutes les sauces. Quelle que soit la nature du texte il semble être victime de plusieurs clichés.
Les interprètes et lecteurs de poésie sont là pour nous aiguiller, à nous ensuite de s'approprier l'oeuvre, faire l'adéquation entre ce qu'on en retient et ce qu'on y apporte, y revenir
pour enfin changer de lecture musicale.
Pour remédier à ces questions, parlons de digital poetry ou poésie numérique:
Le duo YOUNG-HAE CHANG HEAVY INDUSTRIES combine violence du montage visuel, typographie grossière et chorégraphie de la parole sur fond de rythme et pulsations jazz pour un
résultat saisissant.
J'ai découvert Dakota (virée amicale, dynamique et impétueuse de quelques personnages) lors de l'exposition "The American Effect" au Whitney Museum à New York en 2003 qui rassemblait plusieurs artistes contemporrains autour de la question de la culture américaine: son influence, son
rayonnement, sa décadence et toute sorte de digressions.
Suivez le narrateur, en l'occurrence votre navigateur internet ou lecteur flash player.
Cet exercice physique de lecture qui impose son rythme, ses couleurs, sa métrique au gré des coups de cymbales d'Art Blakey ou des lignes de basse éblouit et détrône
l'oracle.
La cadence monotone et linéaire de notre lecture est bousculée, des modules rythmiques s'installent, on danse avec le texte à la manière d'un Kerouak qui "jazze" ses poèmes ou d'un Ginsbergh
enfiévré. Le lien fait sentir le beat, la beat generation n'est pas loin; par ces invectives, ce tapage et cette ponctuation, le texte vit sans l'intermédiaire de la voix, finies les
récitations qui sentent l'école.
Fouillez un peu dans l'oeuvre de ce duo du coréen Young-Hae Chang et de l'américain Marc Voge, aucune faute de goût musical, la typographie n'est pas sans rappeler celle des pochettes des
albums Blue Note.
L'écrit n'est plus un enfant mort-né, comme le reprochait Céline, avec ces oeuvres utilisant fort bien d'une technique proche de la propagande télévisuelle, hachée et
boulimique. Le duo revendique cette attirance pour la puissance distractive des programmes TV dans cette interview.
Entre Pop art et découpage minimaliste ils réalisent un fort travail de synthèse de la culture américaine.
Toutes les oeuvres en ligne de YOUNG-HAE CHANG HEAVY INDUSTRIES
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Dimanche 28 septembre 2008
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Au gré des caractères qui forment les mots des pensées,
Vous lirez.
le train quitte sa gare, d'une pensée germe les paroles étouffées
aussi fugaces
les lieux où la locomotive décide de ne pas s'arrêter.
Soliloques à la vapeur confuse mais à l'électricité stimulante.
Les paysages défilent, les pensées stationnaires convergent, le terminus aligne son horizon,
l'esprit dans les rails
l'idée est arrivée, une arrivée
ou départ.
Sur Alt+La je vous présenterai les reflexions du mirroir de ce dédale et les causes de ces stimuli: la musique, la lecture, la rencontre.
C'est Altla pour Alternate (l'autre) comme la touche de votre clavier, La, ici aussi pour la touche d'un autre clavier, musical.
La
Halte transitoire, l'une des régions que la voix de Michel Foucault nous convie à sonder.
On peut y ajouter maintenant la toile, ouverte à nous... ouverte à l'autre pour mieux l'intégrer,
s'intégrer et retrouver
le "chez soi".
"On ne vit pas dans un espace neutre et blanc.
On ne vit pas, on ne meurt pas, on n'aime pas dans le rectangle d'une feuille de papier. On vit, on meurt, on aime dans un espace quadrillé, découpé, bariolé, avec des zones claires et sombres,
avec des différences de niveau, des marches d'escaliers, des creux, des bosses, des régions dures et d'autres friables, pénétrables, poreuses.
Il y a les régions de passage: les rues, les trains, les métros.
Il y a les régions ouvertes, de la halte transitoire : les cafés, les cinémas, les plages, les hôtels, et
puis il y a les régions fermées, du repos et du chez soi."
(Michel Foucault)
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